Thibaut
• Chauffeur de porteur dans le Rhône •
Portrait chinois
Quelques questions auxquelles il faut répondre rapidement pour dresser ton portrait.
Si tu étais...
un arbre ?
Un chêne ! C’est joli et puis…
C’est l’arbre de la forêt, c’est majestueux.
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Si tu étais... une couleur ?
Orange ! En fait ce sont les couleurs de l’automne : la forêt est magnifique à l’automne quand les feuilles sont rouges et oranges.
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Si tu étais... un animal ?
Un cerf ! C’est pareil, c’est l’animal emblématique de la forêt. Il est majestueux et il en impose.
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Si tu étais... un massif forestier ?
Les forêts jurassiennes et plus particulièrement la forêt domaniale du Massacre ! C’est vraiment une forêt que je trouve magnifique.
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Si tu étais... une saison ?
L’automne ! Les couleurs mais c’est aussi une période sympa pour travailler en forêt, juste avant l’hiver.
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Si tu étais... une valeur parmi les 4 de COFORET ?
La responsabilité ! On nous confie un chantier et c’est à nous de le mener à bien… jusqu’au bout. Ça va avec la confiance. On me confie une machine, je vais en prendre soin.
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Si tu étais... une devise ou un mantra... ?
Votre forêt, notre compétence !
Le slogan de COFORET (rires)
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Faisons connaissance...
Je m’appelle Thibaut, j’ai 21 ans, je suis chauffeur de porteur chez COFORET depuis un peu plus d’un an. Depuis le 02 décembre 2024 très exactement ! Je travaille sur le secteur du sud du Rhône avec Freddy, chauffeur d’abatteuse et aussi avec Benoit et Mickaël, conseillers forestiers au siège.
Remontons le temps... Quel a été ton parcours scolaire ?
Je suis originaire de la Loire, de Violay. Du coup, tout de suite après le collège, je suis parti au lycée de Noirétable où j’ai fait un BAC Pro « Travaux forestiers » sur 3 ans.
Pendant ces années, j’ai fait pas mal de stages et à la sortie du bac, j’ai commencé à travailler chez l’un de mes maîtres de stage qui m’a embauché ! La vie à fait qu’ils n’ont pas pu me garder… mais j’ai retrouvé un poste à Saint Symphorien-de-Lay. Et c’est à la suite de tout ça que j’ai rejoint COFORET !
Tu connaissais COFORET ?
Oui bien-sûr. Je connaissais bien Freddy qui était déjà chez COFORET, et le monde du bois est quand même petit, on se connait.
Tu as toujours su que tu voulais travailler en forêt ?
Oui ! Je suis dans les bois avec mon père et mon grand père depuis tout petit, à faire du bois de chauffage… Mon grand-père était bûcheron et j’ai pris le virus à ce moment-là. Il n’y avait pas de question à se poser et rejoindre le CFPPA de Noirétable était une évidence.
Présente-nous ton métier :
que fais-tu au quotidien ?
Mon métier c’est de débarder les coupes de bois.
Il y a l’abatteuse qui coupe les bois devant moi et j’interviens après, avec le porteur. Le but c’est de ramasser les billons qui sont en forêt, et de les mettre en bord de route, ou en bord de piste forestière, pour que le camion puisse venir les charger, et après les acheminer à la scierie.
Tu as ta propre machine chez COFORET ?
Oui : j’ai une Ponsse Wisent ! Elle est super pour les éclaircies avec son gabarit assez compact. Le seul reproche qu’on puisse lui faire c’est la puissance de la grue dès qu’on est dans des grosses pentes, on voit la grue peiner un peu à remonter les bois s’ils sont loin ou un peu lourds… Ce qui est le cas quand même assez souvent ! Mais bon, on arrive toujours à trouver des techniques pour y arriver ! C’est vraiment une bonne machine.
Et travailler sur une seule machine c’est vraiment ce qui me plaît parce qu’on peut avoir un suivi et un entretien au top. On la connaît par cœur : le moindre boulon on va savoir où il va… Tout ça c’est super important.
Mais tu nous parles d'entretien... Tu es à la fois chauffeur de machine et mécano' ?
C’est exactement ça. J’ai appris sur le tas, avec mes stages et avec l’expérience mais c’est une partie importante du métier ! La moindre panne, il faut savoir réagir… Un flexible coupé, l’usure d’une pièce, si on voit une fuite… Il faut agir. Parfois, on met 1h à trouver la panne, mais on arrive à trouver et à résoudre le problème ! Ceux qui n’aiment pas la mécanique ne doivent pas travailler dans ce métier.
On essaie d’en faire le plus possible nous-même et si ça devient trop complexe ou qu’il y a besoin d’être plusieurs, on fait appel à un mécanicien professionnel. Ce sont beaucoup de suites logiques, enfin sur des circuits hydrauliques ou autre… C’est hyper intéressant aussi ! Bon, quand ça touche à l’informatique… c’est plus complexe, j’y touche moins (rires).
On connaît les abatteuses, moins les porteurs... Pourquoi être chauffeur de porteur ?
Je sais faire les deux et les deux me plaisent ! On avait les deux machines au lycée. Et à la sortie du BAC, l’occasion s’est présentée de mener un porteur… Quand j’ai rejoint COFORET c’était pareil : le poste était pour un chauffeur de porteur. Ce sont vraiment les machines qui m’intéressent dans l’exploitation forestière alors, on ne sait jamais… peut-être que dans 15, 20 ans, je serai sur une abatteuse ?!
Aujourd’hui avec Freddy, on est assez complémentaires chez COFORET ! Je sais mener sa machine (une abatteuse) et lui, il sait mener la mienne (le porteur). Comme ça, si jamais un jour il y a un soucis ou un imprévu… On arrivera toujours à se débrouiller !
On imagine que c'est un métier de solitaire mais... Est-ce vraiment le cas ?
Oui, on ne va pas se mentir… c’est un métier où on est tout seul, toute la journée. Après on est souvent au téléphone quand même pour se tenir au courant de l’avancée des chantiers etc… Mais le travail en équipe, c’est super important. Surtout avec l’abatteuse devant moi. C’est top quand ça se passe bien parce c’est lui qui fait les jolis tas pour qu’après, je puisse prendre le relai que ce soit bien fait ensuite… Si l’abatteuse travaille n’importe comment devant, c’est une perte de temps pour moi derrière.
Et s’il n’y a pas une bonne ambiance d’équipe, ce n’est pas la peine ! Avec Freddy (chauffeur d’abatteuse) on s’entend super bien, et si l’un ou l’autre a besoin du moindre coup de main, on se donne un coup de fil, et on vient s’aider !
Comment se passe le transfert de machine entre deux chantiers ? On imagine un convoi exceptionnel !
Chez COFORET, on a un tracteur Ferguson avec un porte-char. Tout ce qui est petit transfert se fait par la route. Mon porteur est homologué pour la route, donc je peux faire me déplacer relativement facilement.
En revanche, dès qu’on fait des transferts un peu plus longs, là on monte sur le porte-char. Et avec Freddy on fait ça ensemble ! L’un conduit le tracteur et l’autre est devant avec un véhicule et des gyrophares pour la sécurité.
Tu as un permis de conduire particulier ?
J’ai un CACES® (Certificat d’Aptitude à la Conduite En Sécurité). Et après, en interne, on a l’autorisation de conduite de la coopérative.
Le modèle coopératif est un modèle qui résonne en toi ?
Oui déjà parce qu’il y a une bonne ambiance entre tous, on est vraiment en lien avec tout le monde. Et puis tout le monde a son mot à dire ! S’il y a quelque chose qui ne nous plaît pas ou autre, on est écouté : on essaie de trouver des solutions et puis ça avance. On n’a pas un patron oppressant qui nous donne des ordres, qui nous impose tout… Et même au niveau des chantiers on a cette confiance et cette liberté ! Quand Benoît ou Michaël me donnent un chantier, je l’organise comme je le veux. C’est hyper valorisant d’avoir cette autonomie dans le travail. C’est un peu comme si on travaillait pour soi, à son compte.
Tu croises des adhérents ou du public parfois en forêt ?
Pour les propriétaires, ça peut arriver mais ce n’est pas souvent… Certains adhérents vont venir voir le chantier tous les jours et d’autres, jamais.
Pour le public, c’est plus fréquent : des promeneurs, des vélos… On signalise le chantier avec les panneaux pour les informer de l’exploitation forestière en cours et des règles de sécurité. Certains ne comprennent pas toujours pourquoi on coupe du bois, mais on essaie de leur expliquer le but du chantier et on dialogue, on répond à leurs questions. C’est tout bête mais les gens n’auraient pas de meubles, ni de maison si on ne coupais pas de bois.
Depuis que tu es chez COFORET, tu as passé des formations ou des certifications ?
Oui ! J’ai repassé le SST (Sauveteur secouriste du travail). Ce sont 2 jours de formations (avec un pompier professionnel dans notre cas) pour savoir comment agir et réagir s’il y a un accident en forêt et avoir les premiers gestes de secours ! Je l’avais déjà fait au lycée et je passe un recyclage tous les deux ans mais c’est important de refaire une mise à niveau régulière.
J’ai aussi le RTE (réseau de transport électricité) : l’agrément pour travailler sous les lignes électriques. On apprend à reconnaître quelle ligne électrique c’est, et les distance de sécurité à adopter dans chaque cas.
Et, j’ai le temps mais à l’avenir, j’aimerais bien passer le permis remorque et le poids lourd si toutefois il y a besoin chez COFORET !
Qu'est-ce qui te motive à te lever le matin ?
C’est la passion du métier. Il faut être passionné, sinon ce n’est pas la peine ! On travaille sur des machines, alors certes on a beaucoup plus de confort qu’un bûcheron manuel, on force moins physiquement… En revanche, le jour où on est en panne, il faut assurer ! On a des machines de 25 tonnes dans les mains qu’il faut dépanner peu importe le lieu, l’heure ou le temps.
Tu compares ton métier à celui de bûcheron. C'est un métier qui te tenterait ?
À la base, bûcheron : c’est ce que je voulais faire ! Mais après, c’est vrai que rien qu’au niveau de la santé, c’est quand même un métier qui est sans pitié. C’est plus confortable d’être dans un machine. Et elles ont bien évoluées en peu de temps !
Rien que moi, en 10 ans, je vois une différence : le confort du poste de conduite, on a le chauffage l’hiver, on a la climatisation l’été, c’est tout insonorisé, on a la radio toute la journée, le Bluetooth, l’informatique aussi ! Il y a plein de nouveaux logiciels sur des gestions intelligentes de grues… Même coté équipement : la puissance des feux nous permet de travailler dans de bonnes conditions.
Comment s'organisent tes journées ?
Alors déjà, on travaille presque comme si on était à notre autre compte et c’est hyper important pour moi d’avoir cette liberté ! Et on a aussi la liberté d’organiser nos journées et nos chantiers comme on veut et ça… C’est vraiment bien. Ça donne envie d’aller au boulot ! On travaille aussi sur du bon matériel c’est valorisant.
Après, c’est routinier comme métier. J’aime bien commencer de bonne heure, entre 6h et 6h30 et finir un petit peu plus tôt le soir. Quand j’arrive, ma machine est déjà chaude parce que j’ai un programmateur qui permet de préchauffer la machine avant d’arriver sur place. Ça permet facilement de gagner 1/2h le matin. J’attaque à débarder le chantier jusqu’à midi où en général je prends 30, 45 minutes de pause. Je rattaque, l’après-midi jusqu’au soir.
En fin de fin de chantier, je stère les piles pour savoir quelle quantité de bois qu’on a et j’envoie tout ça au conseiller forestier qui prend le relai pour gérer les transports ou autre.
Quand la place manque sur la place de dépôt, j’en informe les concernés pour pouvoir continuer le chantier sans être arrêté et une fois tout ça fait… On transfert les machines et on recommence !
Est-ce qu'il y a un moment qui te satisfait ou un p'tit bonheur dans ta journée ?
Quand on voit la fin de la journée, le bois qu’on a sorti, le chantier qui a été fait (surtout si on a galéré !)… Et qu’on est contents du travail réalisé ! C’est tellement satisfaisant de se dire qu’on a fait du bon boulot, qu’on a avancé. C’est une fierté ! On a le goût du travail bien fait.
Quand on parle des machines en forêt, on pense parfois aux dégâts qu'elles peuvent provoquer. Tu fais attention à tout ça ?
Oui évidemment, on est tous conscients de ça. Je fais beaucoup d’éclaircies et pour limiter les tassements on fait attention à bien passer dans les cloisonnements d’exploitation, là où l’abatteuse est déjà passée par exemple.
Les forêts tiennent une forte place dans les médias créant parfois un climat de travail compliqué. Tu le ressens ?
Oh oui… Tous ceux qui ne connaissent pas ce monde ont l’impression que nous sommes des destructeurs de la nature. Les médias renforcent cette idée… C’est dommage. Si chacun prenait le temps de s’informer vraiment du but de la coupe, des actions réalisés, du produit bois créé… ils auraient peut-être une vision différente de notre métier ! Venez en forêt et puis on en parle ! C’est un monde de nounours la forêt mais on est prêt à discuter.
Est-ce qu'il y a un préjugé sur ton métier que tu voudrais briser ?
On n’est pas des destructeurs de la nature ! Si on coupe du bois (et d’autant plus dans les chantiers d’éclaircie), c’est pour améliorer la forêt justement, et pas du tout pour la détruire. Mais même sur d’autres chantiers, tout s’explique : la maturité des bois, sa qualité, sa santé… La forêt c’est cyclique sur le temps long d’une génération mais on sait ce qu’on fait ! Regarder et lisez la vision forestière de COFORET !
Un dernier mot pour nos lecteurs ?
Maintenant, il y a de moins en moins de jeunes qui veulent travailler en forêt… Et pourtant c’est passionnant ! C’est vrai que ce ne sont pas des métiers évidents, on est dans la boue ou autre, on est en panne, c’est parfois pénible, dangereux aussi mais super intéressant.
Maintenant, tous les lycées sont équipés de simulateurs presque, donc déjà ça permet de faire une première approche avec le métier. Je vois les stages que j’ai pu faire, j’ai eu beaucoup de chance d’être tout de suite sur une machine, c’est hyper valorisant.
Venez rejoindre la filière ! Ces métiers-là permettent de gérer les forêts d’aujourd’hui et de demain.

