Bertrand

• Gestionnaire forestier dans le Jura 

Portrait chinois

Quelques questions auxquelles il faut répondre rapidement pour dresser ton portrait.

Si tu étais...
un arbre ?

Un chêne pour son ancrage, sa résistance… c’est un emblème général de la forêt. Il est très majestueux !

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Si tu étais... une couleur ?

Le bleu. C’est le ciel, les jours de beau temps, c’est la lumière… Un bleu ciel d’été avec une belle luminosité !

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Si tu étais... un animal ?

Un renard !
C’est un bel animal qui passe un petit peu dans le commun mais qui est attentif, furtif, observateur, opportuniste aussi et il est sur tous les milieux. Et finalement, il ne fait pas de grands éclats, il ne fait pas beaucoup parler de lui… Et il est très beau !

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Si tu étais... un massif forestier ?

Le Risoux évidemment !
C’est le massif dans lequel j’ai le plus travaillé tout au long de ma carrière.

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Si tu étais... une saison ?

L’automne, c’est une saison hyper agréable à travailler, on a des jours longs, pas trop chaud avec de belles couleurs et une saison dans laquelle j’assouvis ma passion, la chasse.

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Lac de Bonlieu en automne
© Benjamin Becker/Jura Tourisme

Si tu étais... une valeur parmi les 4 de COFORET ?

Confiance ! Elle découle des trois autres valeurs de COFORET (la compétence, proximité et responsabilité).

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Si tu étais... une devise ou un mantra... ?

Il y a toujours une solution… Il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions !

C’est un peu ma doctrine de ces dernières années.

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Faisons connaissance...

Je suis Bertrand Monot, gestionnaire forestier en charge de la Gestion des Propriétés et de l’Aménagement des Territoires (GPAT) sur le département du Jura, chez COFORET. Je suis donc rattaché à la section Bourgogne – Franche-Comté.

Tu as tout de suite su que tu voulais devenir forestier ?

C’est vraiment ce que je voulais faire oui ! En fait, tout petit, je voulais être paysan. Et je me souviens encore : en discutant avec mon père, un jour il me parle de la forêt… et ça a été comme un déclic ! C’était la forêt. Et donc depuis mes 11 ans, je veux être technicien forestier !

Et qu'as-tu fais alors, ensuite ?

Et bien j’ai d’abord passé un baccalauréat scientifique en 2000, spécialité Sciences de la Vie de la Terre (SVT). Ensuite j’ai intégré un Brevet de Technicien Supérieur Agricole (BTSA) de « Gestion Forestière », à Poisy, en Haute-Savoie. C’est le lycée régional, pour moi, car mes parents habitent dans le nord de l’Ain, à la limite avec le Jura, dans la région d’Oyonnax.

C’est simple : j’ai passé un BAC scientifique pour aller en BTSA Gestion Forestière. C’était mon but ! Après des années lycée en milieu urbain, je me suis retrouvé en milieu agricole : c’était le kiff ! J’étais enfin à ma place et je faisais enfin ce que je voulais faire.

Après ça, je ne me sentais pas tout à fait prêt à me lancer ; alors j’ai creusé un peu la partie produit bois, commercialisation des produits et je me suis alors lancé dans un BTSA « Technico-commercial produits d’origine forestière », en un an, toujours à Poisy !

Ces formations étaient faites en alternance ?

Non, j’ai tout fait en formation continue !

En BTS « Gestion Forestière », j’ai fait mon stage de 14 ou 16 semaines à L’ADEFOR39 avec le Haut-Jura pour terrain de jeu. Je travaillais sur la desserte forestière !

Pour mon second BTS, j’ai fait mon stage de 9 semaines à la Coopérative Forestière du Centre à l’époque, à Nevers (ndlr, Unisylva maintenant). Là-bas, on a travaillé principalement dans des grosses propriétés, en peuplements feuillus, dans des très belles chênaies. Ça m’a changé des futaies jardinées du Jura. Ça s’est très bien passé et je pense avoir laissé bonne impression.

Et c'est ainsi que se terminent tes études... ?

Oui, j’avais la formation qui me destinait au métier que je voulais faire. Je ne voulais pas aller plus loin. Ce que je voulais c’était avoir les mains dans la terre ! J’ai donc été diplômé en juillet 2003 et suis arrivé sur le marché du travail dans la foulée.

Pour tout dire, depuis mes 16 ans je travaillais tous les étés dans l’industrie du plastique. (rires), rien à voir avec la forêt ! Et à la sortie du diplôme, mon père m’a dit d’aller travailler… alors je suis retourné à l’usine avec la ferme intention d’en sortir le plus rapidement possible ! La preuve : à l’usine, j’ai été embauché en CDI mais j’ai négocié un préavis de 3 jours parce que « dès que je trouve en forêt, je pars ! » ! Mais attention, c’était dur pour moi. J’étais jeune diplômé, sans réseau, à la fin de l’été… j’ai dû frapper à toutes les portes, et je suis arrivé à décrocher mes premiers entretiens à l’automne.

Et tu es finalement arrivé à quitter l'usine !

Oui, mais non sans peine ! J’ai d’abord passé un entretien avec Jean-Luc Chenal de COFALP (ndlr : ancien directeur commercial de COFORET. Et c’est en 2006 que COFALP a fusionné avec COFORET !). J’ai aussi passé un entretien à Limoges avec un cabinet de recrutement, qui opérait pour un expert forestier et où je n’ai pas été retenu. Ensuite, j’ai eu un autre entretien pour la coopérative forestière du centre où j’avais fait mon stage et qui, à la suite d’une fusion, n’a finalement pas recruté. Mais c’est ce jour-là que j’ai su que j’avais fait bonne impression pendant mon stage.

Et à l’époque c’est grâce à la recommandation d’un camarade que j’ai été mis en relation avec Jean-Jacques Verney, ancien directeur de COFORET qui allait recruter dans le Doubs (25). Je passe un entretien avec lui fin décembre, juste avant les fêtes… et à la sortie il me dit que j’ai de grandes chances d’être pris grâce à ma formation ! Et pour l’anecdote, Jean-Jacques avait une amie qui faisait des analyses dactylographiques. Il a donc fait analyser ma lettre de motivation et début janvier, je le rappelle un lundi et il me dit que l’analyse a confirmé son idée et qu’il m’attend à Lamure-sur-Azergues (au siège social de COFORET) dans deux semaines pour une semaine de formation. Et j’ai une semaine supplémentaire pour prendre mon poste à Besançon.

Alors, tout de suite, je rentre dans l’usine, je vais voir mon patron et je lui dis que dans 3 jours je pars ! Et c’est ainsi qu’à 21 ans je rentre (enfin !) dans la vie forestière, le 16 janvier 2004. J’étais alors technicien forestier au 130 Bis rue de Belfort, à Besançon. Un bureau qui n’existe plus aujourd’hui et qui était avec la Chambre d’agriculture !

Félicitations ! Raconte-nous ton parcours, depuis, au sein de la coopérative.

J’ai commencé à COFORET dans un contexte relativement compliqué : j’étais tout seul dans mon bureau, j’arrivais après un licenciement. J’avais 21 ans et je devais lancer la machine. Je devais mettre à jour les dossiers en cours et les lots en cours, découvrir le secteur et remettre au propre les lots en cours… Je dois dire que c’était dur mais hyper formateur !

Aussi, j’ai été extrêmement aidé par l’équipe en place : Jérôme Masnada était dans le Doubs à cette époque, Bruno Chapeau avec toute son expérience et son réseau m’a aussi beaucoup poussé, et Stéphane Pouchoulou prenait le relai avec la gestion ! On formait une belle équipe et on se retrouvait une à deux fois par semaine en inventaire ou martelage. C’était comme les mousquetaires : un pour tous et tous pour un !

Mais tu as quitté COFORET...

En effet… C’était une première expérience très positive qui a duré de janvier 2004 à juillet 2007. 3 ans et demi après lesquels j’ai quitté COFORET… J’étais très bien, je commençais à m’installer sur le secteur, je construisais mon réseau de sous-traitants, clients… mais en juin 2007 ma femme a été diplômé et embauché à Lons le Saunier, dans le Jura (39). Notre objectif était de revenir dans le Jura, berceau familial. À cette époque, COFORET avait ouvert un poste dans le Jura, et c’est mon compère Jérôme (Masnada) qui a été retenu.

Raconte-nous alors ton parcours après COFORET.

Et bien l’ADEFOR39 m’a appelé en me proposant un CDD au CNPF (Centre National de la Propriété Forestière) sur le Haut-Jura avec des missions de Plan de Développement de Massif (PDM). Je suis rentré le soir, j’en ai parlé à mon épouse… et c’était fait : on rentrait dans le Jura ! Le lendemain j’appelais Jean-Jacques Verney pour lui annoncer mon départ. Je travaillais toujours avec Jérôme mais d’une autre manière. Et j’y suis resté 5 ans au total, de mi-2007 à 2012.

Avec l’arrivée du PPRDF (Plan Pluriannuel de Développement Forestier), les choses se sont ensuite recadrées dans la forêt et j’ai ainsi pu accéder à un poste en CDI à la Chambre d’Agriculture ! J’ai abandonné certaines missions de développement de massif et d’instruction de PSG (Plan Simple de Gestion) pour créer des projets de desserte forestières, les ASA (Associations Syndicales Autorisées), mobiliser des propriétaires autour d’un même projet, élaborer les projets technique et financier, réaliser des enquêtes publiques et les dossiers de subvention, suivre les travaux…

Au total, j’y suis resté de 2012 à 2020… et les 15 derniers mois j’étais en arrêt à cause d’une hernie cervicale enflammée qui m’a imposé d’arrêter. Mon corps m’a dit « STOP ». J’ai alors dû faire de ma santé la priorité, après avoir enchaîné opération et hospitalisations, les crises névralgiques, les séances de kiné… Tout le monde m’a aidé à remonter la pente, mon épouse en premier évidemment.

Et je me souviens bien : c’est lors de mon entretien individuel de reprise que j’ai annoncé vouloir quitter mon poste.

Waouh ! Quel parcours... Quelle épreuve personnelle aussi ! Et c'est à la suite de ça que tu rejoins, à nouveau, COFORET ?!

Oui ! Exactement. COFORET m’a proposé un poste de gestionnaire forestier (GPAT) dans le Jura. Frédéric Michon, alors directeur technique à l’époque, m’a fait une offre et j’ai accepté de revenir avec grand plaisir mais j’étais en mi-temps thérapeutique au début. C’était le 2 mars 2020 !

Et je me souviens aussi très bien de mes premiers jours car 15 jours après mon arrivée… c’était le COVID ! On se demandait quoi faire, comment agir… Mais je dois avouer que ce n’était pas plus mal pour moi car je devais reprendre mes marques dans une nouvelle structure : j’étais à mi-temps, je devais apprendre un nouveau métier aussi car à la base je suis conseiller forestier, je n’avais jamais rédigé de document de gestion, ni géré de chantier de plantation… Cependant je suis arrivé dans une équipe que je connaissais déjà et c’était trop bien. Et je pèse mes mots !

Tu as vu une différence après 13 ans d'absence chez COFORET ?

Indéniablement ! Il y a eu une évolution énorme, surtout sur les fonctions ressources et les outils à notre disposition. Avant, on avait le téléphone fixe dans les voitures, on allait faire la queue au cadastre… (rires)

Par rapport à ce que j’avais connu, j’ai été bluffé par l’organisation en place, la réactivité des services supports et l’esprit d’équipe de la coop’ ! Par exemple, je ne connaissais pas le SIG (Système information géographique) et j’ai été formé par COFORET sur tous ces outils. C’est tout bête mais c’est hyper motivant.  

Le modèle coopérative est un modèle qui résonne en toi ?

Oui et depuis toujours. Dès ma formation, c’est un modèle que j’ai aimé avec mon stage à la coopérative du centre, et c’est un modèle qui me correspond !

Le monde de la forêt privée et de la coopération me plait, j’y suis d’ailleurs aussi revenu pour ça : je me sens bien dans ce modèle. Et en tant que salarié, j’aime avoir une structure, un encadrement, un soutien et un support ! Sans tomber dans l’inertie, c’est important d’avoir cette notion d’équipe.

Raconte-nous ton métier chez COFORET. Qu'est-ce que tu fais au quotidien en tant que gestionnaire forestier ?

Et bien mon quotidien s’inscrit déjà dans un contexte de crise sanitaire, dans le Jura ! Et il est très varié ! Il n’y a pas deux journées pareilles et j’adore ça.

Je suis en charge des chantiers de sylviculture, des dessertes forestières, de l’entretien des plantations, des travaux de jardinage… Je peux préparer des devis, prendre des contacts avec des propriétaires et des sous-traitants pour organiser les chantiers, leur suivi et leur planification. Je réalise également les estimations de parcelles.

Chez COFORET on fait beaucoup de choses en autonomie, ce qui nous responsabilise. On est acteur et responsable de A à Z, mais ça me plait parce qu’on voit les choses aboutir, on suit concrètement les dossiers, on gère et on avance ! Tout me plaît. Et j’ai plaisir à pouvoir apporter une réponse concrète aux propriétaires et faire travailler du monde.

J’ai beaucoup de visites de surveillance sanitaire également, de suivi de propriétés… Sans oublier le lien quotidien avec les collègues qui suivent les opérations programmées dans les documents de gestion, et pour les demandes extraordinaires de coupes…

Enfin, je rédige les documents de gestion durable pour nos adhérents : les Plans Simples de Gestion (PSG) mais également les Règlements Types de Gestion (RTG), plus adaptés à la petite propriété locale, et notamment pour le montage de dossier de reboisement.

COFORET t'as permis de passer des formations ou des certifications ?

Oui, par exemple je souhaitais passer le Certiphyto pour pouvoir appliquer des produits phytosanitaires et du répulsif dans le cadre des plantations. Et je l’ai obtenu en juin 2025.

Sans parler des formations continues sur le SIG, sur les outils actuels et nouveaux outils de la coopérative. C’est d’ailleurs vraiment chouette chez COFORET d’avoir des têtes chercheuses qui nous proposent régulièrement des nouveaux outils, qui testent et qui améliorent notre fonctionnement constamment.

Et dans notre groupe de GPAT chez COFORET, on constitue un vrai groupe solidaire qui échange régulièrement, on se soutient et on partage les infos. Récemment, on a eu une formation sur la fiscalité et une autre avec PROSYLVA sur la Sylviculture Mélangée à Couvert Continue (SMCC). Ça participe à notre dynamique de groupe !

Qu'est-ce qui te motive à te lever le matin ?

Faire avancer les projets, arriver d’une idée à une réalisation concrète sur le terrain ! Et voir concrètement notre action sur le terrain, c’est hyper satisfaisant. Quand le week-end, à vélo, je parcours les forêts, j’ai plaisir à dire que j’ai participé à ce chantier, que c’est nous qui avons travaillé ici… !

Etre là pour l’équipe, ça me motive à fond ! Cette dynamique est super positive, on se porte tous. La diversité du métier, aussi, c’est la clé. Il se passe très peu de jour sans que j’aille en forêt.
Oh et être en forêt en fait… j’adore ça !

Est-ce que tu es confronté à des points de blocage dans ton métier ?

Oui régulièrement… Ça peut être des plantations qui reprennent mal, des refus de devis, une météo capricieuse, des saisons de plantation qui se raccourcissent, un contexte de crise sanitaire avec les scolytes… mais il y a toujours une solution !

Et tu as un p'tit bonheur ? Un moment qui te plaît dans ton métier ?

Quand j’ai une équipe sur un chantier et que ça se déroule bien ! Tout simplement. Que les gars aient la banane, que tout se passe bien et que tout s’enchaîne, que les propriétaires soient satisfaits… C’est des gros moments de satisfaction. Même au sein de notre équipe, avec Jérôme et Ludo’, j’aime bien que les collègues puissent compter sur moi si besoin, et inversement.

Les forêts tiennent actuellement une forte place dans les médias mais aussi dans le quotidien des français créant parfois des conflits entre usagers. Tu le ressens ?

Oui ! D’autant plus dans le contexte de crise sanitaire de l’épicéa, où l’on voit les coupes sanitaires fortes se multiplier. Les coupes ne sont pas toujours bien perçues, pas comprises… Notre métier était de planifier les coupes et les travaux dans une forêt pour améliorer les peuplements à long terme, bien souvent avec un objectif d’irrégularisation, de mélange, de résilience, de régénération naturelle… Aujourd’hui, c’est le changement climatique qui dicte nos réflexions et nos actions.  

On sait très bien que cette crise sanitaire va peser lourd sur la suite de notre vie professionnelle, sur la forêt, sur les paysages… Ça, mine de rien, on sent qu’au niveau sociétal et local, la crise sanitaire provoque des réactions, des critiques envers les forestiers…

Y a t'il un message que tu souhaiterais partager ?

On a un métier où on se remet énormément en question ! Vraiment, j’insiste, on se pose beaucoup de questions. Les choix de gestion sont ceux qu’on a jugés les meilleurs au moment où on les a pris. Soyons convaincus du bien-fondé de nos actions, dès lors qu’on pense à l’avenir de la forêt.

Est-ce qu'il y a un préjugé sur ton métier que tu voudrais briser ?

Le paysage du Jura d’aujourd’hui est aussi le fruit du travail des forestiers depuis des générations… Et quand on est forestier, on aime notre métier et on aime la forêt et on pense à son avenir !!!

J’ai un peu d’amertume, quand tous les jours on est en forêt, et qu’on découvre des critiques piquantes dans les médias. J’ai la conviction qu’on fait les choses bien et je suis très attentif à l’image que COFORET peut donner.

Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Je suis satisfait d’être dans une coopérative où, à tout niveau, on partage la même vision ! Notre Vision Forestière par exemple, c’est véritablement notre lien commun, et le fait que ce soit une demande des propriétaires et de nos administrateurs… c’est très révélateur. On est tous en adéquation, sur la même longueur d’ondes ! C’est un lien énorme.